samedi 21 novembre 2009

Puisque les bios ont la cote...

Retour chez L’Instant Même, et changement de cap pour François Blais pour ce quatrième roman, Vie d’Anne-Sophie Bonenfant. Qui est cette Anne-Sophie Bonenfant? Oh, vous ne la connaissez pas encore, mais ça ne saurait tarder : l’auteur de ces pages est tombé sous son charme et son talent, et rédige la biographie préventive de la jeune femme pour tenter de la séduire. Habitué des études de mœurs, François Blais donne vie avec son écriture lumineuse et dynamique aux jeunes années d’Anne-Sophie Bonenfant. Après un départ un peu lent (avec une prémisse généalogique sur les ancêtres de la belle), il raconte avec une verve toujours attachante les premières années de la jeune fille dans le nord de l’Abitibi, son déménagement à Grand-Mère, son adolescence, ses premiers amours… La belle succombera-t-elle au charme de l’auteur qui s’évertue ainsi à connaître chaque moment de son existence? François Blais a clos son étude des gens en marge de la société avec Le vengeur masqué contre les hommes-perchaude de la Lune (dont l’épilogue n’était décidément pas anodine), et continue ici de nous montrer son talent pour nous raconter des histoires. Le jeune auteur de Québec possède une plume qui sait nous faire rire et nous faire sourire, un sens du rythme et un regard unique : découvrez-le, si ce n’est déjà fait. Ce Vie d’Anne-Sophie Bonenfant vous offrira à coup sûr une bien meilleure lecture que la biographie de Marie-Chantal Toupin, je vous l’assure.

Vie d'Anne-Sophie Bonenfant, de François Blais, chez L'Instant Même, 242 pages.

Virée érotico-sociologique finlandaise!

Pour Les dix femmes de l’industriel Rauno Rämekorpi, Arto Paasilinna nous emmène dans un nouvel univers. Cette fois, pas de fable écologique ou de long périple au travers la Finlande, ou à peine : c’est plutôt un récit de mœurs que nous propose le prolifique écrivain finlandais, qui publie ici sa douzième traduction en français. Au sortir d’une fête organisée en son honneur, Rauno Rämekorpi se retrouve avec une maison pleine de fleurs et de bouteilles de champagne à ne plus savoir qu’en faire. Sa femme, allergique au pollen, lui suggère de se débarrasser le plus rapidement possible de celles-ci. L’industriel appelle donc un taxi, qui sera conduit par Seppo Sorjonen, personnage récurrent des romans de Paasilinna, qu’on avait notamment croisé dans La cavale du géomètre. Ce dernier lui proposera d’aller donner ces fleurs à des femmes de l’entourage de Rämekorpi, plutôt que d’aller les jeter. Les deux compères s’offriront alors une frivole tournée, où Rämekorpi ne manquera pas de s’amuser. Cette tournée, il s’en rappellera quelques mois plus tard, lorsqu’il voudra, à l’approche de Noël, renouveler l’expérience, déguisé en Père Noël avec les bras remplis de cadeaux… Mais cette fois, ses compagnes, mises au courant de ses aventures et de la place qu’elles ont occupé dans ce périple coquin, ont bien l’intention de se venger! Moins poignant que la plupart des autres excellentes œuvres de Paasilinna, moins porteur de sens et d’une philosophie, Les dix femmes de l’industriel Rauno Rämekorpi fait néanmoins passer un bon moment de lecture. Le style de l’auteur est bien présent, et cette étude de mœurs scandinave ne manquera pas de nous faire sourire. Les personnages de Paasilinna endossent encore une fois leur habits d’anti-héros, bien humains, vivants, méchants, mais drôlement attachants.

Les dix femmes de l'industriel Rauno Rämekorpi, d'Arto Paasilinna, chez Denoël, 258 pages.

Un hiver de dormance

Amélie Nothomb récidive pour une dix-septième année d’affilée et nous proposait cette année Le jardin d’hiver. Pas une année de grand cru, malheureusement, pour la pourtant très talentueuse écrivaine belge, dont l’essai de cet année ira rejoindre des romans aux souvenirs très périssables comme Journal d’Hirondelle ou Le fait du prince. Dans ce récit, Nothomb nous présente l’histoire de Zoïle, dont le travail consiste à visiter des appartements pour vérifier leur efficacité énergétique. Il tombera follement amoureux de sa cliente la plus misérable, Astrolabe, qui occupe toute son existence à prendre soin d’une écrivaine talentueuse mais attardée, Aliénor. Or, Aliénor prend tellement de place dans la vie d’Astrolabe que notre pauvre Roméo ne parvient jamais à pouvoir profiter de temps seul en compagnie de sa belle et ainsi la conquérir, car pour Astrolabe, Aliénor reste le personnage central de sa vie. De visites en visites, il tentera de la conquérir… L’amour ne sera finalement pas au rendez-vous, puisque dès la première page du roman, on apprend que Zoïle détournera un avion pour le faire s’écraser sur la tour Eiffel. Au moment de terminer le roman, on a l’impression qu’Amélie Nothomb a mal étoffé ses personnages, de même que certains passages de son histoire, qui auraient pu être bonifiés à de nombreux tournants pour donner un peu plus de chair au récit. Malheureusement, le passage le plus significatif du roman sera celui où Zoïle offre à Astrolabe et Aliénor des champignons magiques et décrit en détail les effets de son trip… Ce aventure au pays des sensations sera décrit sur presque 25 pages, mais on se questionne un peu, au final, sur sa véritable utilité. Aurait-il été plus intéressant d'insister plutôt sur autre chose? Encore une fois, on se souhaite mieux pour la prochaine rentrée…

Le voyage d'hiver, d'Amélie Nothomb, chez Albin Michel, 130 pages.
Québec/Amérique nous proposait, au printemps dernier, le deuxième roman de l’écrivain terre-neuvien Joel Thomas Hynes, Un lundi sans faute. Encore une fois, on a confié à Sylvie Nicolas la traduction de l’ouvrage, elle qui avait réussi le tour de force de traduire avec force et justesse, dans un québécois parlé très vivant, le premier roman de Hynes (La neuvième personne du singulier). Ce deuxième roman nous apporte dans un univers très près de celui qu’il nous avait déjà proposé dans son premier livre : un Saint-John dur, où l’avenir est sombre, et où l’alcool et la drogue sont très présents. On suivra l’histoire de Clayton Reid, jeune adulte un peu perdu dans l’ombre de son oncle, Valentine Reid, qui a connu ses heures de gloire dans l’univers de la chanson terre-neuvienne il y a quelques années. Si ce dernier possède encore un grand capital de sympathie, sa vie n’est guère plus facile que celle de son neveu, ou celle de la galerie de personnages abusés et désabusés qui gravitent autour de leur univers. Pessimiste, ce roman? Peut-être un peu. Les personnages continuent encore d’évoluer dans des lieux sombres et inhospitaliers, à se répondre durement, à patauger dans leur malheur sans trop savoir comment s’en sortir. Le rythme lent de ce roman de près de 450 pages n’aide pas non plus à alléger l’atmosphère. Néanmoins, l’écriture de Hynes est puissante. On s’attache à ces personnages qu’on voit s’ébattre et se débattre, cherchant malgré tout l’espoir et la lumière.

Lundi sans faute, de Joel Thomas Hynes, chez Québec/Amérique, 448 pages.

mardi 27 octobre 2009

Cette semaine à Épilogue [1er novembre]





Bïa, la chanteuse n’a plus besoin de présentation. L’auteure-compositrice-interprète d’origine brésilienne trimballe ses rythmes du Sud depuis une dizaine d’années. Cinq albums à ce jour dont le plus récent, Nocturno, paru en 2008.

Mais Bïa, c’est aussi Bïa Krieger, l’écrivaine qui nous présente ces jours-ci son premier livre, le récit Les Révolutions de Marina, aux éditions Boréal.

Marina, c’est une jeune Brésilienne dans les années 70, peut-être un peu, beaucoup, Bïa elle-même. Une fillette aux parents iconoclastes, très engagés, dont les idées et les positions politiques dérangent le régime militaire en place.

Contraints à l’exil, Marina et ses parents referont régulièrement leur vie, au Chili, au Portugal. Une vie itinérante faite de déchirements, d’imprévus, mais aussi de découvertes et d’ouverture d’esprit.

Jeune fille à la faculté d’adaptation hors du commun, Marina est aussi marquée, à 12 ans, par la séparation de ses parents au moment du retour en terre natale, le Brésil. Pays où elle amorcera les «premiers jours du reste de sa vie».

Récits d’un pays, récits de filiation, bouquin d’aventures politiques et familiales Les révolutions de Marina est très beau livre, très bien écrit. Et en français, SVP !

Valérie Gaudreau a discuté avec Bïa Krieger le temps d'une chaleureuse et énergique discussion autour d'un café.


Épilogue, dimanche 12h
rediffusion lundi 10h
sur les ondes de CKIA 88,3-FM à Québec
En direct sur le web

samedi 24 octobre 2009

Cette semaine à Épilogue [25 octobre 2009]




Valérie Gaudreau et Marco April ont rencontré Delaf et Dubuc pour le quatrième tome de la série Les Nombrils, Duel de belles.

Les plus impitoyables ados manipulatrices de la planète BD sont de retour ! Avec Duel de belles, Maryse Dubuc et Marc Delafontaine proposent la suite des aventures de Vicky, Jenny et de leur pauvre souffre-douleur Karine.

Souriants et généreux en entrevue, les auteurs rencontrés alors que s’achèvait une vaste tournée de promo en France, en Belgique et au Québec nous parlent de ce quatrième bébé.

Une discussion libre et chaleureuse où il est question de leur inspiration et de leur succès, mais aussi des coulisses de la création. Faire lire et faire rire, c’est du boulot pour ce joyeux duo !

Aussi dans cette émission résolument placée sous le signe de la BD, Marco April nous parle de ses récentes lectures.

Bryan Saint-Louis nous partage quant à lui sa critique du nouveau roman de François Blais, Vie d’Anne-Sophie Bonenfant.




Épilogue, dimanche 12h
rediffusion lundi 10h
sur les ondes de CKIA 88,3-FM à Québec
En direct sur le web

dimanche 20 septembre 2009

Les deux solitudes

Avec son nouveau roman, L’œil de Marquise, publié chez Boréal, Monique LaRue propose une relecture de l’histoire du Québec, des années 50 à nos jours. L’œil de Marquise, c’est celui de la narratrice, dont les deux frères mettront toute une vie à dépasser leurs opinions politiques divergentes. Au lendemain du référendum de 1995, Louis apprend que le vote de son cadet Doris a annulé le sien. Après cela, les deux frères, fréquentant le même cercle d’amis, s’appliqueront à s’ignorer. La quête identitaire, omniprésente depuis l’enfance marquée par la discrimination dont a été victime le père, est devenue trop lourde. L’ombre du racisme n’est jamais loin, plane au-dessus de Louis à cause du casier judiciaire qui le suit depuis qu’il a été impliqué en 1966 dans un attentat à la bombe contre l’Impôt fédéral. Marquise, prise entre ses deux frères, prendra rarement position, comme si l’histoire qui se joue devant elle était trop grande pour son œil à elle. Toujours pertinente, Monique LaRue brosse un tableau qui s’étend jusqu’au 400e anniversaire de la ville de Québec et au projet avorté de reconstitution de la bataille des plaines d’Abraham. En liant si intimement plusieurs évènements de l’histoire récente du Québec au sort d’une famille déchirée, elle nous montre les cicatrices mal guéries d’un peuple en quête d’identité. Avec son écriture vivante et ses références culturelles fouillées, Monique Larue témoigne avec pertinence d’un Québec familier, complexe, mais ô combien aimé.